Mon histoire avec Claudia, une fille aveugle de Montréal dont l’appétît sexuel s’est révélé supérieur au mien, a commencé un lundi matin du mois de mai 2007, dans le métro. Fidèle à mon habitude, je lisais pour m’isoler du monde environnant et tenter de rendre mon périple sous-terrain quotidien un peu moins pénible. Je dois vous dire que cette ligne de métro me dégoûte. Les wagons y sont vieux et esthétiquement déplorables, les stations suitent et semblent nous supplier de venir les sauver … et même les passagers laissent à désirer. Seule consolation, les rails sont si usés, qu’ils font bondir le train continuellement, causant quelques rebondissements parfois invitants au regard, quoique pas toujours.
J’étais donc en pleine communion avec mon ami Boris Vian, à l’arrêt de la station Papineau, quand je sentis comme un changement brusque dans l’ambiance autour de moi. Je ne suis pas très Zen et toutes ces choses spirituelles, donc je n’insiste pas sur le bizzare de cette réaction à mes yeux. Toujours est-il que, malgré mon manque habituel de sensibilité pour les êtres anonymes que je croise bien involontairement tous les jours, je fus forcé de m’excuser auprès de Boris pour ce qui ne devait être qu’un bref moment d’inattention et je levai la tête. En moins d’une seconde, le livre de Vian se refermait…
J’avais devant moi, me faisant dos, ce que je ne peux que décrire comme un corps d’enfer. Une présence sensuelle irrésistible. Et chose qui me plaisait encore plus, ce corps n’était pas exposé (devrais-je dire dénudé) par des vêtements trop osés. Au contraire, la petite dame portait une robe longue qui la serrait juste assez aux hanches pour me permettre de deviner un cul bien ferme et juchés au haut de longues jambes que la robe mettait en valeur. Le bleu de cette robe, en contraste avec une chevelure noire un peu bouclée m’hypnotisa quelques secondes, tout comme mes voisins ce matin-là (tous des hommes, quelle déception!).
Ce que je ne vous ai pas encore dit est que la fille en question était accompagné d’un Labrador aussi noir que ses cheveux et qu’il portait le harnais réservés aux chiens entraînés pour aider les aveugles. La fille se tenait bien droit, une main délicate posée sur le harnais et une autre tenant le poteau près de la porte du wagon.
Étant donné que j’ose me penser supérieur aux mecs qui m’entourent, je ne pus résister à l’envie de me démarquer du groupe abasourdi. Je me levai donc rapidement sans trop savoir ce que j’allais faire. Évidement, tout le monde me regardait, ce qui m’obligea à passer à l’action sans trop réfléchir.
Jamais auparavant je n’avais associé cécité et pensées sexuelles, mais à cet instant mon petit cerveau se consacrait entièrement à des scénarios tous aussi voluptueux les uns que les autres. Sous le choc, pressé par l’idée que me regardait, je m’approchai donc d’elle :
- Est-ce que tu veux t’assoir? Lui demandais-je avec une voix juste assez assurée mais un ton le plus chaleureux possible.
Elle prit un instant pour enregistrer la situation et me répondit fort gentiment, avec un léger sourire:
- Non merci. C’est mieux pour moi de rester debout près de la porte. Vous comprenez? Et elle conserva son sourire.
Sa voix, sa façon de sourire ainsi que sa beauté splendire que je constatais en l’écoutant me répondre me firent chavirer encore davantage. Voyait-t-elle mon désaroi derrière ses lunettes noires? À cet instant, tout mon entourage avait disparu, aucun montréalais ne me dérangeait. Sentant encore ma présence, elle ajouta :
- C’est gentil, tout de même. Ce n’est pas tous les jours qu’on m’offre de m’assoir. Vous pouvez reprendre votre place avant que quelqu’un ne vous la prenne.
Comme je devais au moins répondre quelque chose, je lui dit simplement que je débarquais au métro Berri, donc inutile de me rassoir. Et je restai à ses côtés, figé dans un silence de contemplation. Ma station arriva trop vite et je jugeai nécessaire de lui souhaité bonne journée en descendant. en la regardant, je constatai avec joie qu’elle souriait un peu, la tête légèrement inclinée.
Dans les minutes qui suivirent, je saisi à quel point mon envoûtement était profond. Mais j’ignorais encore que les semaines qui allaient suivre seraient le rêve de tout homme…
1 réponse jusqu'à présent ↓
bleuterre // août 2, 2007 à 9:19
belle écriture… je reste sur ma faim, j’ai envie de lire la suite…… la tension monte.
Bleuterre